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Munch

L'artiste peintre et graveur scandinave Edvard Munch (1863-1944) a, toute sa vie durant, été accompagné par les malheurs (mort, maladie, chagrin d'amour). La peinture, comme exutoire pour exprimer les affres de l'âme humaine et les sentiments, l'a menée à produire des œuvres singulières et souvent autobiographiques, comme « Le Cri ». Cette peinture, expression de l'angoisse, est un chef-d'œuvre maintes fois repris et détourné par les artistes contemporains.

 

La jeunesse tragique d'Edvard Munch

Le jeune Edvard Munch est touché dès l'âge de 5 ans (1868) par les malheurs et le désarroi. Alors qu'il est né près d'Oslo dans une famille bourgeoise et aimante, second d'une fratrie de 5 enfants, sa mère décède brusquement de la tuberculose. Le père d'Edvard, âgé de 50 ans, est un médecin militaire très croyant, presque mystique. Edvard et sa sœur ainée Johanne-Sophie sont élevés par sa tante, artiste comme sa mère, qui les encourage à dessiner pour surmonter leur chagrin. Mais sa sœur décède sous ses yeux en 1879 du même fléau, ce qui le hantera et le décidera à devenir artiste peintre en 1980. Sa première toile « L'enfant malade », peinte à Paris, sort en 1885 et est très mal accueillie, avec sa lumière spectrale et son sujet choquant (sa sœur malade et la tuberculose). Il la peindra en 5 versions au cours de sa vie, telle une obsession.

 

Une vie remplie de voyages et de souvenirs déchirants (entre 1886 et 1894)

À partir de 1885, il traine avec les anarchistes et la bohème de Christiania, les artistes réunis en cercle autour de l'auteur Hans Jaeger. Ils voyagent en Belgique et vivent une vie décadente, ce qui le fâchera avec son père et sa tante. En accord avec la pensée radicale de Jaeger, il veut montrer dans ses dessins les tourments que cause la vie moderne.

En 1885, premier voyage à Paris pour étudier les grands maîtres au Louvre et au Salon, mais il devra attendre fin 1889, après une grande exposition de son art à Christiania (Oslo), pour retourner à Paris avec une bourse d'études de 3 ans. Il apprend la mort de son père par hasard dans le journal, alors qu'il vient d'y poser ses bagages. Il peint alors « La nuit » (1890), une expression de la mélancolie, inspirée du lyrisme néo-romantique et de son propre ressenti face à la mort de son père. On retrouve la même atmosphère dans la peinture « Inger à la plage » (1889) avec son littoral sinueux.

Fin 1891, il expose en Norvège le fruit de son travail à Paris et y réalise les premières esquisses de sa peinture iconique « Le Cri » (qui sort en 1893, mais il en a peint également 5 versions, jusqu'en 1917). « La Mort dans la chambre de la malade » (1893) est une nouvelle représentation de la mort de Johanne Sophie, mais fortement influencée par le symbolisme (Vincent Van Gogh) et le fauvisme (Paul Gauguin) français.

En 1893, il quitte Paris pour Berlin, où il rejoint le « Cercle du Cochon noir », un groupe de rebelles unis autour de l'esthétisme (symbolisme) et d'un idéal collectif (anarchiste, libertin et mystique, à la limite du satanisme). Il y fréquente August Strindberg et d'autres personnalités, surtout scandinaves, jusqu'en 1896. Il est aussi imprégné par la philosophie de Friedrich Nietzsche et Arthur Schopenhauer.

 

De l'angoisse existentielle à la dépression solitaire

Artiste peintre déjà torturé et traumatisé par la maladie et la mort, il craque à partir de 1895 et entre en dépression. Il perd un de ses frères et son autre sœur rentre à l'hôpital psychiatrique cette année-là. Il continuera de peindre les mêmes thèmes qui l'obsèdent, mais se renferme dans la solitude, après une histoire d'amour tumultueuse et destructrice (elle lui tire une balle de revolver dans la main en 1893), puis une rupture (en 1895), avec Tulla Larsen. La peinture devient un exutoire à ses démons, et à son alcoolisme, et un outil thérapeutique pour ne pas sombrer totalement.

À Berlin, il avait essayé la lithographie et la gravure à l'eau-forte. De 1896 à 1898, il revient vivre en France et délaisse la peinture pour les arts graphiques. Avec un imprimeur, il réalise des lithographies en couleurs et sa première gravure sur bois. De retour à Oslo, il grave les matrices des illustrations d'un numéro spécial du journal Quickborn, sur l'auteur August Strindberg, et fait la rencontre de Tulla Larsen, qu'il emmène en voyage à travers l'Europe en 1899.

 

Du symbolisme à l'expressionnisme : parcours et rencontres artistiques

Les premières œuvres de Munch, dont nous avons parlé, sont entre néo-romantisme et symbolisme des états de l'âme. Il cherche à représenter les sentiments et les souffrances de l'homme moderne, au travers de symboles. Le traitement de la couleur elle-même est symbolique. On retrouve aussi, dans les grands aplats de couleurs et les contours imprécis, les influences du postimpressionnisme français : le fauvisme de Gauguin et Van Gogh, mais aussi le pointillisme. Les auteurs et poètes romantiques, comme Mallarmé, et les philosophes allemands, sont également des sources d'inspiration, tant la peinture de Munch est une autobiographie de l'âme. Il cherche à creuser et à coucher sur la toile, les traumatismes enfouis dans les recoins sombres de son inconscient.

Très tôt reconnu en Europe, comme appartenant à une nouvelle époque artistique, l'art d'Edvard Munch parle de sujets choquants, mais représentatifs de son époque. La mort, la maladie, la jalousie et les amours destructeurs sont autant de sujets qu'il connait par cœur. Il a laissé beaucoup de toiles ou de peintures au tempura sur carton, dont une série de peintures dans la pure veine du symbolisme : le cycle « La Frise de la vie » (fin 1893-1894), qu'il décrit comme « un poème sur la Vie, l'Amour, la Mort ».

Sur l'Amour, on peut citer : l'emprise et l'étreinte dans « Vampire » (1893), ou dans « Le Baiser » (1897), fusion de deux corps en un être défiguré par la passion aliénante. « L'Héritage » (1897-1899) est un tableau représentant une mère atteinte de la syphilis (ou « petite vérole »), l'autre maladie du siècle, qui crache du sang sur l'enfant blafard, qu'elle tient dans les bras. Sur le thème macabre, on retiendra « La Mort dans la chambre de la malade » (1893) notamment.

Il réalise aussi des portraits et autoportraits réalistes, mais remplis de symbolisme, pour montrer la solitude de l'homme face au temps qui passe inexorablement. Dans « Autoportrait entre l'horloge et le lit » (1940-1943), il se tient là, figé et coincé, entre le temps qui défile sur l'horloge et le lit, symbole de la naissance et de la mort. En fond, on peut voir un atelier lumineux et rempli, symbole de sa vie d'artiste, bientôt finie. L'artiste Edvard Munch aime peindre ses amis (« Portrait de August Strindberg » en 1892) et ses amours (« Portrait caricatural de Tulla Larsen » en 1905, qu'il coupera ensuite en deux parties). Munch consacre la fin de sa vie à des commandes de portraits, de pleins pieds, comme « Les Quatre Fils du docteur Max Linde » (1904).

Il fait aussi la part belle à la nature, pour questionner la quête spirituelle et existentielle de l'homme. Dans « Le Cri », le ciel rouge flamboyant est aspiré par un vortex d'angoisse. Réalités intérieures et extérieures se confondent, avec des limites imprécises et mouvantes, comme lors de ses crises hallucinatoires (il est interné régulièrement à partir de 1908, à cause de son alcoolisme et de ses problèmes psychologiques). Forêts, fjords, ciel, cosmos, montagnes sont des thèmes récurrents. Vers la fin de sa vie, il se retire dans sa propriété, près d'Oslo, pour ne peindre quasiment plus que des paysages.

Les toiles d'Edvard Munch à partir de 1893, et notamment « Le Cri », sont en avance de 10 ans sur l'expressionnisme allemand du début du 20e siècle. Si bien qu'il est considéré comme le pionnier et le plus grand représentant scandinave de l'expressionnisme. Son autre toile la plus connue, « La Madone » (1894), en est un bel exemple. Le plus célèbre des peintres et graveurs scandinaves continue d'inspirer les artistes contemporains de notre catalogue ARTactif.

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